Ce matin-là, Raphaël avait choisi ce livre, Mémoires d’un tricheur, comme on choisit un complice. La couverture rouge, usée par les années, semblait murmurer des secrets de théâtre et de vie parisienne. Il l’avait posé sur la table noire, à côté de sa tasse de café encore fumante, comme si Sacha Guitry lui-même allait s’asseoir en face de lui pour discuter.
La première gorgée était toujours la plus importante. Le café, corsé et légèrement amer, réveillait ses sens tandis que ses doigts effleuraient la page de garde. « Un tricheur… » songea-t-il en souriant. N’était-il pas, lui aussi, un peu un tricheur ? Pas aux cartes, non, mais avec le temps. Voler ces instants de lecture entre deux réunions, c’était sa manière à lui de tromper la routine.
La plante, là-bas, dans son pot blanc, était le témoin silencieux de ces moments. Elle avait vu défiler les livres, les tasses, les idées. Aujourd’hui, c’était au tour de Guitry de danser avec l’arôme du café. « Le théâtre, c’est la vie avec les longs discours en moins », aurait peut-être dit l’auteur en riant, si la tasse avait pu parler.
Raphaël tourna une page. Dehors, le monde courait. Ici, sur cette table noire, il n’y avait que lui, le café qui refroidissait doucement, et les mots de Guitry qui semblaient écrits juste pour lui.